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« L’art du conteur », de Catherine Zarcate : apprendre à s’inventer

Cet été, c’était possible : participer à un stage de formation avec Catherine Zarcate sur le thème : l’art du conteur.
Et voilà, il y a déjà un mois jour pour jour que j’ai fait ce stage.

Nous sommes huit dans une salle du CLiO, disposés en cercle. Après quelques jeux pour apprendre nos prénoms et de courtes présentations, le stage est lancé.
Catherine Zarcate reprécise l’objectif du stage et demande à l’un de nous de venir conter devant les autres.

Tout au long de la journée, les participants se succèdent, disant le conte qu’ils ont choisi. Pas de pause, à part pour déjeuner. Personne n’en demande. Le stage est dense, mais tous sont motivés, c’est le moins que l’on puisse dire.
Après ses remarques et celles des stagiaires, sollicités pour donner leur avis avec bienveillance, celui qui est sur la sellette reprend une phrase, une expression, un geste afin de donner davantage de présence à son propos.
Elle, elle attend, avec patience, suggère un autre chemin. Le stagiaire se concentre et tente, avec un point de vue nouveau, de donner une expression plus juste à ce qu’il dit.

Il peut y avoir blocage : faire une remarque, même avec tact, c’est prendre le risque de toucher l’autre là où il est sensible, voire fragile. C’est aussi prendre le risque de le faire grandir.
Parfois, les larmes montent aux yeux, la voix se tend, le souffle se fait court, le geste se perd. Mais chacun essaie. La différence entre le premier jet et les suivants est évidente. Viennent une libération pour les uns, une sobriété pour les autres, un temps de réflexion sur sa propre pratique pour tous.
Il se fait un ajustement entre le conteur et son conte.

Le jour suivant, le travail se poursuit. C’est l’approfondissement de la pratique à partir d’un extrait de conte que l’on souhaite plus particulièrement travailler qui est visé, ainsi que la question du costume de scène.
Nous nous connaissons mieux, l’ambiance est plus détendue mais passer aux rayons X reste chose malaisée. Pourtant, si l’on accepte d’être dépouillé de ce que l’on croyait être « bien » et d’attitudes parasites dont on est souvent inconscient, c’est l’occasion d’avancer à pas de géant.

Ce jour-là, le diable a pris corps devant nous, un chant gallo a rejoint un conte d’une autre tradition, le roi de la terre est monté rendre visite au roi du ciel avec toutes les senteurs de son monde, une conteuse a dit un conte dans une veste qu’elle a tricotée où loup, fleur, soleil et autres trésors veillent sur sa parole…

L’heure du bilan est venue. Positif, le stage a eu des effets inattendus pour la majorité d’entre nous. C’est toute la complexité des sessions de ce genre : elles créent un désordre intérieur parfois si violent qu’il faut du temps pour en tirer le sens. Devenir soi n’est pas chose facile.

Le choix que l’on fait d’un conte n’est pas le fruit du hasard. Il est nécessaire d’être concerné par l’essence d’une histoire, d’un mythe ou d’une légende pour pouvoir prétendre les partager.
C’est aussi de cela dont il a été question pendant ce stage : être conscient de ce que l’on glisse à l’oreille du public. L’ironie et le sarcasme n’auront pas les mêmes effets que la facétie ou l’érotisme.

Personnellement, j’ai choisi de conter un monde vivant, habité et partagé, où s’entrelacent le visible et l’invisible.
Un émerveillement possible en somme.